Les indépendants ont l’opportunité de travailler aux conditions qui les arrangent – en théorie – mais en contrepartie, ils doivent souvent affronter une certaine solitude et un manque de soutien face aux difficultés. Dans ces conditions, se créer un réseau s’avère vite nécessaire.

Ce n’est peut-être pas la meilleure période pour « réseauter » mais de nombreux indépendants n’ont pas le choix en la matière : leur cercle de clients et prospects n’est pas suffisant pour générer une activité rentable, d’autant plus en période de crise. De plus, « les contacts permettent de voir comment les autres travaillent et d’échanger sur des problématiques auxquelles nous sommes tous confrontés, comme la trésorerie, les statuts, les impayés… », explique Catherine Louraco, directrice d’études et formatrice en freelance.

Des enjeux que l’entourage n’est pas toujours à même de comprendre, d’où l’importance de s’entourer de « personnes qui partagent le même état d’esprit », poursuit Lise Slimane, formatrice indépendante, afin de créer une dynamique de groupe. « On met en garde les freelances, surtout s’ils viennent du salariat, sur la difficulté de travailler seul, insiste Laurence Piganeau, responsable de BPI France Créations. On leur conseille de rencontrer d’autres entrepreneurs, de rejoindre des réseaux. »

Certains mettent parfois du temps à le réaliser. « Quand j’ai lancé mon activité, je ne ressentais pas le besoin d’être entourée, témoigne Barbara Robin, indépendante dans l’événementiel. Mais au fil des ans, ça fini par être le cas. »

Réseauter utile

Se mettre en réseau, c’est bien, mais il faut que cela réponde à un besoin, rappelle Laurence Piganeau, comme se faire connaître, sortir de l’isolement ou encore rencontrer des prescripteurs. Dédié à l’entrepreneuriat féminin, le réseau Action’elles organise par exemple différents types d’événements, avec chacun un objectif précis : « Des petits déjeuners pour échanger des bonnes pratiques, ouvert à toutes les adhérentes, des rencontres BtoB avec des groupes fixes tous les quinze jours pour apprendre à se connaître et se recommander entre entrepreneuses, et des dîners trimestriels de networking ouverts aussi aux non adhérents, hommes comme femmes », liste Delphine Thouze-Linay.

« Mon blog et mes réseaux sociaux m’ont permis de me créer une communauté d’intérêts partagés, avec des personnes que je rencontre ensuite dans la vraie vie »

Avec la crise sanitaire, l’association a opté pour un format mixte, avec l’essentiel des rencontres organisées en ligne et quelques-unes maintenues en présentiel en petits groupes. « Certaines de nos adhérentes prospectent uniquement dans ces rencontres, témoigne Delphine Thouze-Linay, vice-présidente du réseau. Elles en font une à deux par semaine, se font recommander. C’est long mais il y a des retombées. » Le réseau « ne doit pas être le seul moyen de prospection, avertit toutefois Catherine Louraco, sinon il s’essouffle. Et les résultats ne sont jamais immédiats ».

Les réseaux sociaux

Il existe des alternatives moins chronophages que des rencontres physiques. « Pour voir comment fonctionnent les autres acteurs de l’événementiel, entre autres, cela me suffit souvent de les suivre sur les réseaux sociaux, explique Emmanuel Martins, freelance dans le secteur. Les podcasts de témoignage, comme ceux de Smart Me Up Box, me montrent aussi d’autres façons de fonctionner. » Cela permet au moins de mettre un pied à l’étrier. « Mon blog et mes réseaux sociaux m’ont permis de me créer une communauté d’intérêts partagés, avec des personnes que je rencontre ensuite dans la vraie vie », raconte Lise Slimane.

Les réseaux locaux d’entrepreneurs

« Dans les villes moyennes, il y a souvent un réseau local d’entrepreneurs, à ne pas négliger », conseille Delphine Thouze-Linay. Barbara Robin confie avoir beaucoup participé à des start-up week-ends, des événements durant lesquels les participants développent et présentent un prototype d’entreprises.

Des ateliers en petits groupes à destination des indépendants, prévu en format mixte, en ligne et en physique, sont organisés par la BPI

De nombreux organismes institutionnels ou privés organisent également des événements : Chambres de métier, Initiative France , Réseau Entreprendre, syndicats patronaux comme le Medef et la CPME… La BPI en assure ainsi plusieurs dans toute la France pour échanger entre indépendants et découvrir un écosystème, par exemple le Big 2020 en octobre à Paris, avec des ateliers en petits groupes à destination des indépendants, prévu en format mixte, en ligne et en physique. Elle a aussi initié un réseau social d’entrepreneurs, Tribu. Elle s’adapte au coronavirus, avec des événements exclusivement en ligne.

Les associations et réseaux de networking dédiés

Dans les réseaux business dédiés au networking, il faut généralement payer et être coopté. Mais cela ne correspond pas à tout le monde. « Les réseaux que j’ai identifiés proposent des rendez-vous réguliers mais il faut payer l’adhésion, cela m’a déplu, avoue Emmanuel Martins. J’ai plus envie de réseaux gérés directement par les autoentrepreneurs qui s’entraident. »

Le BNI (Business Network International) organise des réunions hebdomadaires au sein de groupes constitués, ce qui crée des relations sur le long terme. Il en existe d’autres, comme OptimRezo, ainsi que des associations professionnelles, comme l’Adetem pour le marketing, des clubs d’entrepreneurs, d’accompagnement comme le BGE… « Pour moi, les réseaux qui fonctionnent sont ceux avec un travail d’entretien, avec des événements réguliers », lance Catherine Louraco. La Maison du Management est un vrai réseau professionnel pour moi », ajoute Laurence Constant, formatrice indépendante. Les BigBoss rencontrent également un franc succès. A l’heure actuelle, tous ces organismes maintiennent ces événements, que ce soit à distance, en physique ou en format mixte.

Les salons et espaces de coworking/coliving

Les salons sont aussi une bonne source de rencontres (et eux aussi se sont adaptés au Covid-19, en mettant en place des procédures dédiées) : « Le salon du tourisme d’affaires Heavent me permet de rencontrer toutes sortes de prestataires, de prendre de la documentation, explique Emmanuel Martins. Avec un contact visuel c’est plus facile de prendre le temps de discuter quand le feeling passe ». Romain Althey, conseiller en voyage indépendant, lui, fréquente le Salon des Entrepreneurs, et d’autres conférences : « Une conférencière m’a d’ailleurs contacté pour écrire un article sur mon activité. Une situation gagnant – gagnant : cela a alimenté son site et m’a fait de la pub ».

Les entrepreneurs en couveuse, incubateur, société de portage salarial ou coopérative d’activités et d’entrepreneurs bénéficient directement d’un réseau qu’ils ont intérêt à travailler

« Les tiers-lieux – coworking, coliving – sont des endroits où il est plus naturel d’entrer en contact, explique Lise Slimane, et ils organisent souvent des événements. » Et les entrepreneurs en couveuse, incubateur, société de portage salarial ou coopérative d’activités et d’entrepreneurs bénéficient directement d’un réseau qu’ils ont intérêt à travailler, ces structures organisant souvent des rencontres, comme les structures de freelances, qui mutualisent certaines compétences et ressources.

Réseauter efficacement

Mais réseauter ne va pas de soi pour tout le monde. Si le réseau de Barbara Robin s’est constitué sans qu’elle ait « trop à chercher », elle reconnait que « les premiers événements de réseau ont été difficiles : « Il faut parfois se faire violence pour aller parler aux autres. En ce qui me concerne, je trouve ça plus simple sur des start-up week-ends ou des ateliers, où la discussion se fait plus naturellement. Il faut aller là où l’on se sent à l’aise sans forcer ».

Catherine Louraco dit avoir toujours eu « la culture du réseau », sans attendre de retour. Et pour entretenir son réseau, elle a pris l’habitude de prendre des nouvelles quand elle est en période creuse. « Si on accroche avec quelqu’un et qu’on ne le recontacte pas, on a perdu notre temps, confirme Delphine Thouze-Linay.

« Cibler les événements en amont, ne pas forcément rester très longtemps mais être actif sur place »

Cette dernière conseille par ailleurs de « cibler l’événement en amont, être actif sur place, ne pas forcément rester très longtemps, se montrer utile, être à l’écoute ». Et, si besoin, « participer à un atelier pitch pour se présenter efficacement ». Pour elle, s’il est utile de tester plusieurs réseaux, mieux vaut ne pas s’inscrire sur plus de deux dans la durée : « Au-delà, on s’éparpille. Il faut qu’ils soient comme une évidence, qu’on s’y sente à l’aise ».

Même pour les personnes introverties, il est possible d’arriver à des résultats efficaces. « Rédiger régulièrement des articles sur un site, un blog ou des réseaux sociaux, pour se positionner comme un expert, conseille Hind Elidrissi, cofondatrice d’independants.co. Cela permet de développer un réseau de personnes intéressées par ces thématiques sans forcément passer par des rencontres physiques.

Il ne faut pas non plus négliger le vivier de contacts constituent les missions de l’indépendant : autres freelances, fournisseurs avec qui rester en contact… Cela peut permettre de les recommander à des clients qui vous verront comme une ressource au-delà de votre seule expertise, et cela élargit aussi le réseau de prescripteurs. Plus globalement, toutes les rencontres professionnelles peuvent être l’occasion d’enrichir son réseau, y compris anciens d’écoles, collègues de sa vie de salarié.

Source : journaldunet